Vendredi 3 avril 2009
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ORAN
Depuis longtemps j'avais un projet dans ma tête, c'était de raconter mon histoire de
1939 à 1962.
Je m'appelle Jean
Claude,François,Etienne CARULLA né à Oran le 27 Février 1939.
Ma soeur Jeannine est née le 23 Février 1935 à Oran.
Mon père Thomas CARULLA était électricien puis fonctionnaire dans la police nationale et ma mère Marie Louise DELFINO sans profession.
Ils nous ont donné un bonne éducation et transmis de bons principes(ces valeurs avaient une richesse pour réussir dans la vie)
Nous sommes issus par mon père (grands parents origine Espagnole) et par ma mère(origine italienne)
Tous mes merveilleux souvenirs sont restés là-bas ainsi que mes racines indestructibles.
Mon quartier Gambetta ( rue Nobel n°34 et de la place Fontanel) a été le témoin de toute mon enfance.
Je suis allé à l'école de Gambetta jusqu'au certificat d'études dans la classe de M.Navarro( sur 30 élèves ,28 ont réussi cet examen.
J'ai été enfant de choeur à l'église St.Paul de Gambetta ainsi que Scout de France.
A l'âge de 11 ans avec les Scouts de France, j'ai parcouru tout le Maroc en passant par Oujda pendant 1 mois.
J'ai perdu de vue tous mes bons copains du quartier . Cette place Fontanel a dû garder nos empreintes indélébiles des jeux que nous pratiquions.(les platicos et le tour de france
cycliste que nous dessinions à la craie dans notre rue,les pignoles avec les noyaux d'abricots et les souffres, les matchs de foot entre quartier derrière la place oû il y avait un terrain
vague.
A l'époque de Pâques nous construisions des cerfs-volants(bilochas) et allions aux Falaises de Gambetta pour les faire voler. Ils étaient confectionnés avec des roseaux ,papier et de la
ficelle.
Mes copains: Jean Pierre Martinez,Christian Martinez(mes cousins),Ange Garcia, Lucien Herrera dit Lulu, Serge Rodriguez dit Serjou,Robert Baud,Henri Pistre,les Navarro ,les Champion ,
Figuerrua ,Pépé Lukas et Sparza Guy et j'en oublie.
Monsieur Herrera père propriétaire du bar Fontanel possédait une salle de boxe mitoyenne au café.
De temps en temps nous allions mettre les gants de boxe pour nous amuser.
Mais les frères Herrera étaient des champions dans la catégorie et connus à Oran.
Nous avons fait courrir quelque fois notre garde champêtre de la place que l'on nommait"pata coja car il boitait "
Le jeudi nous allions au cinéma Le Lido à la place de Gambetta voir les films de: Zorro,Tarzan etc..
Pour se rendre à l'église nous allions jusqu'au bar Corby et là nous traversions par la voie ferrée qui descendait au port d'Oran.
Mes vacances je les passais à Kléber oû j'avais mes cousins Vivian Blain,Gérald Blain,Claudette Blain ainsi que mes oncles et tantes et grand-mère. A la période des vendanges ,nous allions cueillir
les raisins qui étaient transportés au pressoir dans des tombereaux tirés par des chevaux .
Une période qui a été un de mes meilleurs souvenirs et celle oû j'allais à Canastel(Le Cagnaret)
Nous avions un cabanon,il y avait deux voies d'accès,une par le Casino de Canastel et une par Fernandville.
Là j'ai pratiqué la pêche sous-marine pendant des heures entières. Tous les fonds sous-marins m'étaient devenus familiers.La pêche en bateau à la palangrotte que mon père m'avait apprise. Tous les
soirs les copains et copines,nous nous retrouvions pour danser sur une petite place au son d'un phonographe à manivelle.
Ensuite le transistor à fait son apparition avec les tourne disque Teppaz.
On s'éclairait à l'aide de lampe acétylène car à cet endroit nous n'avions pas encore l'électricité.
Les promenades en bateau et les bains de mer étaient notre joie de vivre et nous n'avions pas de soucis.
En 1954 je suis rentré au collège Notre Dame de France, jusqu'en 1957 date à laquelle j'ai passé mon BEPC.
Cette même année des attentats étaient perpétrés dans différentes régions d'Algérie.
La guerre d'Algérie commençait et des troupes militaires de métropole étaient envoyées sur notre territoire.
De 1956 à 1957 j'ai effectué ma préparation militaire à La Sénia comme contrôleur d'opération aérienne,dans le but de m'engager pour y faire ma carrière dans cette arme.
Le 27 Novembre 1957 je me suis engagé dans l'Armée de l'Air à La Sénia pou 2 ans. Le 15 Décembre 1957 j'étais affecté à la Aérienne Base de Nîmes pour faire mes classes pendant 3 mois.
J'ai embarqué avec ma promotion sur le Sidi Bel Abbès cap sur Marseille et Nîmes. Pendant 3 mois j'ai fait mes classes d'instruction. En Avril 1958,les classes terminées
direction Luxeuil-les-Bains dans la Haute Saône.
J'ai été affecté dans le service administratif (Service des effectifs de la Base Aérienne)
En hiver la température descendait à -20°. Les tours de garde étaient pénibles vue le froid dans cette région.
Mes moments de loisirs consistaient à faire de la musique(instrument guitare
La guerre d'Algérie continuant, j'ai fait 6 mois de plus que mon engagement.
Ayant obtenu le grade de caporal et étant déçu de la vie de militaire,j'ai préféré revenir à la vie civile en Mars 1960.
J'ai déménagé avec mes parents chez mon vieil oncle Jacques Delfino à la rue Lamartine,près de la place des Victoires.
En 1961 j'ai été embauché à la Compagnie Algérienne de Crédit et de Banque avenue Loubet.
Les attentats étaient très fréquents et tous les jours de nombreux civils et militaires succombaient dans cette barbarie sanglante.
L'Armée Française a accompli une mission exemplaire en sacrifiant de nombreux soldats qui étaient venus pourque l'Algérie reste Française.
Mais malheureusement nous n'avions pas compris que notre destin était tout tracé et notre combat perdu malgré la résistance de la population et de l'OAS.
Pendant ce temps avec deux copains( Pierrot et Luisico) nous avions fait la connaissance de trois filles originaires d'Espagne et habitant le quartier.( Isabelle,Marie et Pilar)
Pierrot était peintre -carrossier chez Denis Sala rue Lamartine et luisico était cordonnier.
La situation devenait de plus en plus grave et son lot de victimes augmentait de jour en jour.
Mon père avait pris sa retraite en 1960.
En juin 1962 l'indépendance de l'Algérie était proclamée par le Général De Gaulle.
Les copines que nous fréquentions partaient avec leurs parents en Espagne dans la région de Barcelone.
Le 4 Juillet 1962,mes copains et moi décidons de partir d'Oran(question de vie ou de mort)
Vers 17 heures nous chargeons quelques affaires dans le véhicule Renault Dauphine de Pierrot.
Nous disons aurevoir à nos parents. Nous prenons la direction du port d'Oran pour pouvoir embarquer le 5 Juillet 1962 cap sur Carthagène(Espagne).
Nous arrivons sur le port à 17h15,le bateau n'était pas encore à quai.
A 18 heures, un docker musulman passe devant nous et nous dit : vous partez car vous êtes de l'OAS et nous allons vous massacrer.
Enfin le navire arrive et aussitôt nous faisons part de cette remarque au commandant.
Sa réaction a été rapide et nous a proposé de monter à bord pour y être en sécurité.
Nous avons passé la nuit dans une cabine.
Le 5 Juillet 1962 dans la matinée à 9 heures les chargements commencent et de nombreux compatriotes arrivent pour l'embarquement.
A 10 heures la soeur et le beau frère de Luisico viennent pour nous dire au revoir,ils nous proposent d'aller chez eux pour déjeuner, car le bateau lèvera l'ancre que vers 17 heures.
Ayant un mauvais pressentiment, je refuse et dis : il est préférable de rester sur le port car nous avons encore quelques affaires. Ils nous quittent et repartent vers la ville.
A 11h00, nous voyons tous les dockers musulmans partir en courant et quittant le port.
L'Armée Française avec leurs blindés avait pris position tout autour du port pour faire une protection.
A 11h30 de nombreux véhicules de civils musulmans munis de drapeaux algériens descendaient par le boulevard Frond de Mer. Les occupants criaient et hurlaient avec des youyous.
Quelques minutes plus tard nous entendons des détonations et des coups de feux d'armes automatiques.
Les tirs ont duré des heures et des heures.
Vers 16 heures des personnes qui venaient pour embarquer,nous apprenaient qu'une tuerie avait lieu dans la ville.
Certaines victimes étaient abattues et égorgées.(un vrai massacre et génocide)
Ce jour là il y a eu plus de 3000 victimes innocentes abattues sauvagement.
Nous avons embarqué vers 18 heures et le bâteau a lévé l'ancre à 17h30.
J'ai gravé dans ma mémoire l'image d'Oran et de Notre Dame de Santa Cruz qui s'éloignaient, des larmes ont coulé. C'est là que j'ai compris que tout était fini, et que je ne reverrai plus jamais ce
beau pays de mon enfance et de ma jeunesse.
Le lendemain matin 6 Juillet 1962 nous avons accosté à Carthagène(Espagne)
Je fais une pause sur mon récit et vous dis à bientôt, pour la suite de mes mémoires.
Je vous ai fait seulement un résumé .
La prochaine fois je donnerai plus de détails.
Amitié et fraternité à tous mes amis,amies qui me manquent
Une pensée particulière et une prière pour tous ceux et celles qui ont perdu la vie en Algérie(Civils et militaires)
Un pied noir rempli de nostalgie
Jean Claude CARULLA
25,rue Pasteur
Le Palazetto
06800 Cagnes-sur-Mer
Par elsol
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Publié dans : Mémoire d'ORAN
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